Les philosophies de la laïcité

ou

Approches philosophiques de la laïcité

 

 

 

Un premier inventaire

 

1. Il n’y a pas une philosophie de la laïcité, si on entend par là une et une seule pensée constituée, systématique, dont la laïcité serait déduite.

 

2. La laïcité, qu’il s’agisse de la laïcité de l’école ou de la laïcité de l’Etat, sur le plan « philosophique », est plutôt une sorte de constellation d’attitudes intellectuelles, morales, politiques, qui trouve ses inspirations et ses traductions dans une diversité de références philosophiques.

 

C’est ce qu’écrit Louis Legrand :

« Les partis pris philosophiques autour de la laïcité de l’Etat et de l’école sont d’abord des affirmations intuitives liées à des comportements et à des manières de vivre et d’appréhender le monde et la société en particulier. Les aspects intellectuels qui nourrissent les discours sont seconds et se greffent sur ces attitudes de base lorsque la réflexion va jusque là. C’est pourquoi il serait faux de considérer les rapports entre laïcité et philosophie comme des rapports de causalité déductive. Les conceptions de la laïcité ne se déduisent pas des philosophies auxquelles on peut, le cas échéant, les rapporter ». In Histoire de la laïcité, Jean. Baubérot, Guy. Gauthier, Louis. Legrand, Pierre Ognier, CRDP Franche-Comté/CNDP, 1994, p. 4.

Commentaire : ne pas en déduire qu’on n’a pas besoin de philosophie pour penser la laïcité, réfléchir à la laïcité. Mais que au contraire cela nécessite une culture philosophique.

 

3. La laïcité s’enracine donc une certaine vision de l’homme et du monde, de notre présence au monde. Comment la caractériser ? L. Legrand répond en distinguant deux voies, deux attitudes fondamentales :

 

« La première en importance et en généralité, est la voie religieuse. L’existence d’être supérieurs transcendants dont notre vie dépend et dont nous pouvons espérer gagner la confiance ou la mansuétude est la réponse la plus ancienne à l’angoisse humaine » (p. 5)

La seconde est « la voie individuelle de la rationalité… C’est la voie de la raison, capacité universelle présente en tout homme, par où l’universel apparaît au cœur de notre individualité » (pp. 5/6). L. Legrand ajoute ceci : « La reconnaissance de Dieu y est possible, mais aussi sa négation »

 

4. Par ailleurs, la laïcité, en France, est indissociable des conflits de pouvoirs et d’idéologies entre l’Eglise catholique et la République.

Un rappel nécessaire : dans la France traditionnelle, « l’Eglise catholique, unique et dominante, gouvernait le pouvoir civil directement ou par le « sacre » indispensable à la légitimité » (p. 3)

 

5. Dans ces conflits, la question éducative, son enjeu, sont centraux :

« Le conditionnement de la jeunesse, sa formation intellectuelle et morales sont l’instrument privilégié d’une diffusion et d’un maintien du pouvoir des idéologies » (p. 3)

 

6. L’instauration de la laïcité est tributaire de facteurs et de circonstances historiques et politiques.

L. Legrand le formule et le généralise ainsi à partir du cas français : « L’idée et le fait d’un statut laïc de l’Etat et de l’Ecole apparaissent là où le monopole d’une Eglise disparaît et où la laïcité de l’Etat apparaît comme la condition d’une survie de l’unité nationale » (p. 3).

 

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Esquisse d'un panorama

Comprendre et réfléchir la laïcité demande donc une bonne « culture générale », philosophique et historique.

Pour ma part, je m’en tiendrai à vous rappeler ou raviver quelques éléments d’ordre philosophique.

Pour un simple tour d’horizon, je vais parcourir avec vous la première partie de l'ouvrage Histoire de la laïcité, Jean. Baubérot, Guy. Gauthier, Louis. Legrand, Pierre Ognier, CRDP Franche-Comté/CNDP, 1994, intitulée : « Approches philosophiques de la laïcité », et donc rédigée par L. Legrand.

1. Les attitudes fondamentales

Positions de l’Eglise catholique face à la Déclaration des droits de l’homme de 1791 (p. 8)

Le rationalisme antireligieux : Jean Jaurès (p. 9)

La foi véritable exige la liberté de détermination des consciences (p. 9)

 

2. Le protestantisme

Les minorités religieuses ont intérêt à la laïcité à l’école. Paul Bert (p. 14)

Dans quelles conditions le protestantisme peut accepter la laïcité à l’école

 

3. Le XVIIème siècle : Le rationalisme classique : Descartes et Spinoza

Descartes. La conscience source de la Vérité (p. 19)

Spinoza. Séparation de la foi et de la philosophie (21)

Spinoza. L’Etat doit garantir la liberté de penser et de s’exprimer

 

4. Le XVIIIème siècle. La philosophie des Lumières

Voltaire. Eloge de la tolérance (p. 27)

Condorcet. Le pluralisme exige la laïcité (p. 29)

Condorcet. Les fins de l’éducation (p. 30)

NB. Voir dans ce cours les parties consacrées aux Lumières et à l'humanisme

 

5. Le XIXème siècle. A. Comte et le positivisme

La science remplace l’esprit théologique et l’esprit métaphysique (p. 35)

L’esprit positif fonde l’unité mentale de l’humanité future (idem)

Un plan positiviste pour l’éducation du peuple

NB. Sur le positivisme et l'éducation : Alain Kerlan, La science n'éduquera pas. Comte, Durkheim, le modèle introuvable, éd. Peter Lang, 1998

 

6. Le XIXème siècle :socialismes et communismes

Impossible bien sûr ici d'entrer dans cette vaste histoire. On notera au moins que les philosophies politiques du socialisme et du communisme ont marqué l'histoire de la laïcité

7. La fin du XIXème siècle  : Les fondateurs de l'école laïque : J. Ferry F. Buisson

Ce n'est là qu'un simple rappel, rappel d'une "évidence" trop souvent perdue de vue. L'école laïque repose sur une philosophie originale, dans laquelle se conjuguent diverses sources.

Une référence majeure : F. Buisson (Dir.), Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (deux éditions, en 1887 et en 1911), et Nouveau Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, 1911.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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