THEMES ET FIGURES DE L'EDUCATION NOUVELLE.

COMPLEMENTS

 

 

I. EDUCATION TRADITIONNELLE / EDUCATION NOUVELLE

La pédagogie traditionnelle contre laquelle s'est construit l'éducation nouvelle ne constitue pas une école, un mouvement pédagogique réfléchi et organisé, une doctrine vivante (cf. KESSLER A., La fonction éducative de l'école. Ecole traditionelle/école nouvelle, Fribourg, éditions universitaires, 1934 ; GAUTHIER C., "De la pédagogie traditionnelle à la pédagogie nouvelle", in La pédagogie, théories et pratiques de l'Antiquité à nos jours, Montrréal, Gaëtan Morin, 1996).

 

Cette pédagogie a tous les traits d'une tradition (cf. GAUTHIER C, p. 134) : sédimentation -conservation des gestes antérieurs ; adaptation progressive à de nouveaux contextes ; aspect prescriptif ; ritualisation des comportements.

 

Plutôt que d'une doctrine, il s'agit d'une tradition pédagogique ; elle est le résultat de la transmission empirique des habiletés, des savoir faire pédagogiques concernant les contenus à enseigner et tous les aspects de la vie de la classe, mis au point par les maîtres de génération en génération notemment dans le cours du XVIIème siècle, et aboutissant à un code d'enseignement uniforme, un corps rigide de pratiques codifiées. Ce code organise et fige l'enseignement dans le moindre détail , et dicte toutes les conduites de l'élève et du maître, ordonne l'école depuis l'ordre de l'espace et du temps jusqu'à l'ordre des savoirs, comme on peut le voir dans la Conduite des écoles chrétiennes (1705) de Jean-Baptiste de la Salle. Il rend visible la forme scolaire.

 

La pédagogie traditionnelle constitue ainsi un dispositif qui se perpétue sans modifications profondes jusqu'au début du xxème siècle. Elle atteint son apogée dans l'enseignement mutuel.

 

L'éducation nouvelle est bien à la chanière du passage de la tradition à la modernité. Dans cette perspective; l'éducation nouvelle s'est elle-même définie stratégiquement dans une opposition systématique à l'éducation traditionnelle (Cf. Clermont GAUTHIER et Maurice TARDIF (sous la direction de), La pédagogie, Théories et pratiques de l'Antiquité à nos jours, Montréal, Gaëtan Morin éditeur, 1996, tableau 6.3, pp.149/150) :

Finalité de l'éducation

 

Transmettre la culture objective aux générations montantes

Former, mouler l'enfant

Valeurs objectives (Vrai, Beau, Bien)

 

"Transmettre" la culture à partir des forces vives de l'enfant

Permettre le développement des forces immanentes à l'enfant

Valeurs subjectives, personnelles

Méthode

Eduquer de "dehors" vers le "dedans"

Point de départ : le système objectif de la culture que l'on découpe en parties à assimilés (éléments)

Pédagogie de l'effort

Importance du modèle

Encyclopédisme

Eduquer du "dedans" vers le "dehors"

Point de départ : le côté subjectif, personnel de l'enfant

Pédagogie de l'intérêt

Ecole active, learning by doing

Education fonctionnelle

Conception de l'enfant

L'enfance est comme une cire molle

L'enfance a peu de valeur comparée à l'état adulte

Il faut agir sur l'enfant

L'intelligence est surtout visée

L'enfant "tourne" autour d'un programme défini en dehors de lui

L'enfance a des besoins, des intérêts, une énergie créatrice

L'enfance a (est) une valeur en elle-même

L'enfant agit

Il y a développement intégral de l'enfant

Le programme gravite autour de l'enfant

Conception du programme

Le contenu à enseigner aux enfants est déterminé par la culture objective

Les contenus valent par eux-mêmes

Les intérêts des enfants déterminent le programme (structure et contenu)

Les contenus sont liés au milieu dans lequel vit l'enfant

Conception de l'école

Un milieu artificiellement créé

Retenue des émotions (distance "impersonnelle")

Là-Bas, jadis

L'école comme préparation à la vie

Un milieu de vie (naturel et social) fait pour l'enfant

Spontanéité enfantine

Ici et maintenant

L'école fait vivre à l'enfant ses propres problèmes

Rôle du maître

Le maître dirige

Il est au centre de l'action et transmet son savoir

Il est actif, modèle à imiter

Le maître guide, conseille : personne-ressource

L'enfant est au centre de l'action

L'enfant agit, s'exerce

Discipline

Autorité magistrale

Discipline extérieure

Autonomie basée sur les intérêts

Discipline qui vient de l'intérieur

Démarche pédagogique

Pédagogie de l'objet : la culture à transmettre

Pédagogie de l'exercice et de l'ordre méthodique

Pédagogie du sujet : la personne à développer

Pédagogie naturelle de l'ordre spontané

Il faut toutefois regarder ce "portrait en négatif" comme une stratégie de combat. Kessler soutient ainsi que l'école nouvelle a créé une sorte de repoussoir pour les besoins de sa cause. On ne confondra pas trop vite la pédagogie traditionnelle avec la caricature qu'on en tire en oubliant le contexte et la stratégie de l'école nouvelle.

C. Gauthier en donne un exemple à propos d'une célèbre métaphore attribuée à la pédagogie traditionnelle et comparant l'élève à une cruche qu'il faut remplir. La métaphore d'origine, sous la plume de Jouvency au XVIIème siècle est bien plus subtile et nuancée : "Le maître n'oubliera pas que l'esprit des enfants est comme un petit vase d'étroite embouchure, qui rejette la liqueur qu'on y jette à flots et qui reçoit celle qu'on y introduit goutte à goutte".

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II. LE MOUVEMENT DE L'EDUCATION NOUVELLE. REPERES.

 

La première vague, à la charnière des 19ème/20ème siècle :

 

L'expression "école nouvelle" semble apparaître en Angleterre ("New School"), vers 1899, après la création par le pasteur Cédric REDDIE de l'école de ABBOTHSOLME. Elle inspirera la création de l'école des Roches en octobre 1799 par Edmond DESMOLINS, après la publication et le succès de son ouvrage A quoi tient la supériorité des anglo-saxons ?

En 1894, John DEWEY avait créé l'école élémentaire expérimentale de l'Université de Chicago (Laboratory School).

La même année, KERSCHENSTEINER expérimente à Munich les premières écoles du travail (Arbeitsschule).

Adolphe FERRIERE fonde en 1899 le Bureau International des Ecoles nouvelles.

En 1900, Maria MONTESSORI ouvre à Rome la première Casa dei Bambini (Maison des enfants).

En 1907, Ovide DECROLY fonde à Bruxelles l'école de l'Hermitage et met en oeuvre une nouvelle méthode de lecture globale.

 

La seconde vague, au lendemain de la première guerre mondiale :

 

Fondation des Communautés libres de Hambourg.

En 1921, réation de l'Association pour l'éducation nouvelle et organisation du premire Congrès international d'éducation nouvelle.

La même année, en Angleterre, NEILL crée la célèbre école de SUMMERHILL

En 1922, aux USA, PARKHURST et le Plan Dalton (prônant la méthode du travail individualisé)

La même année, WASHBURNE dirige l'école de Winnetka (méthode nouvelle en sciences et mathématiques).

La revue Pour l'ère nouvelle est fondée en 1923.

Jean PIAGET publie ses premiers ouvrages de psychologie de l'enfant.

En 1925, Roger COUSINET publie sa Méthode de travail libre par groupes

Célestin FREINET invente l'imprimerie à l'école dans la même période.